Le Journal de Montréal, Canada
By Sarah Talbot
Il n'y a pas qu'au Centre Bell que les Russes se démenaient sur la glace jeudi soir à Montréal. Sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier, 26 patineurs russes interprétaient brillamment le classique de Tchaïkovski Le Lac des cygnes sur glace. Mais contrairement à la joute disputée entre le Canadien et les Bruins, l'issue du spectacle a été plus que positive.
La troupe de patineurs des Imperial Ice Stars, véritables athlètes de haut niveau, offre une performance tout à fait digne de son nom (Les Étoiles impériales sur glace.) Le mélange de patinage artistique, de théâtre, d'escrime et de ballet donne lieu à un spectacle féerique complètement envoûtant.
Il faut absolument garder les yeux grand ouverts. Portées, levées, spirales, pirouettes, sauts, figures de groupe, acrobaties, tout y est! L'impression de manquer une partie de l'action en périphérie n'en est pas une. L'espace est complètement habité par les interprètes, qui ont, la plupart du temps, le coup de patin hyperactif.
Échasses sur lames
Et lorsque l'on croyait avoir tout vu, deux cygnes noirs (Stepan Eremin et Vladislava Kovalenko) apparaissent perchés sur des échasses sur lames! On ne peut alors s'empêcher de se crisper, espérant qu'ils ne tombent pas. Le même scénario se produit lorsque les athlètes entreprennent de périlleuses manoeuvres aussi près des limites de la patinoire installée sur la scène de 225 mètres carrés. Le maléfique comte Von Rothbart (Anton Klykov) et l'amusant Benno (Andrei Penkine) sont particulièrement doués à ce petit jeu. Mais la précision de leurs carres est hors pair et il ne sert à rien de s'angoisser.
En plus des interprètes de qualité indéniable, la production n'a pas lésiné sur les costumes, et encore moins sur les décors (Eamon D'Arcy), qui habillent complètement la scène. Les magnifiques paysages d'extérieur en 3D sont particulièrement impressionnants. Quelques effets techniques viennent également ajouter au conte de fées les éléments de l'eau, du feu et de l'air.
Oeuvre à part entière
Le coproducteur et directeur artistique du spectacle, Tony Mercer, déclarait au Journal plus tôt cette semaine que le spectacle ne consistait pas en une transposition du ballet classique sur glace. Effectivement, la version des Imperial Ice Stars est une oeuvre à part entière. À titre d'exemple, les versions subséquentes dépeignent le prince comme étant une victime. L'adaptation de Mercer présente le drame de façon plus humaine, plus contemporaine. Le prince réalise ses torts et il fait face à la musique. La fin de l'histoire a également été altérée. Sur ce point, Mercer assure qu'il n'a fait que suivre ce que lui dictait la musique.
Toutefois, la beauté du spectacle n'empêche pas de ressentir quelques longueurs. Et malgré tout le confort que la salle Wilfrid- Pelletier procure, la proximité avec la scène demeure relative. Cela rend l'appréciation du jeu des artistes et la compréhension du récit plus difficiles. Pour qui n'est pas familier avec l'histoire du Lac des cygnes, quelques scènes pourraient porter à confusion, surtout au début. Qui est le prince? Le costaud ou le jeunot? De petites obscurités qui, somme toute, sont vite pardonnées.